Le point de départ
Ma mère est arrivée au Canada avec un pays dans ses valises et un autre à construire devant elle. J'ai grandi avec cette double appartenance, le Canada qui m'a vu naître et grandir, le Maroc qui coule dans mes veines. Ce n'est pas un sentiment qu'on choisit. C'est un sentiment qu'on porte, qu'on transmet, et qui finit par façonner la façon dont on regarde le monde. Et, dans mon cas, la façon dont j'exerce le droit.
C'est peut-être pour ça qu'Immigration en scène n'était pas, pour moi, qu'un événement professionnel. C'était une soirée qui me ressemblait.
Pourquoi cet événement compte
Immigration en scène n'était pas une conférence comme les autres. C'était pensé comme un espace où les gens pouvaient poser leurs vraies questions. Pas les questions théoriques qu'on lit dans un dépliant, mais celles qui les habitent réellement : « Est-ce que mon parcours est admissible? », « Par où je commence? », « Qu'est-ce que je ne sais pas encore que je devrais savoir? »
Entre le cocktail de réseautage, les conférences et le panel sur les réalités du marché du travail québécois, j'ai eu des conversations qui m'ont rappelé pourquoi j'ai choisi cette pratique. Une personne m'a parlé de son parcours depuis trois pays différents avant d'arriver au Québec. Un employeur m'a partagé sa frustration de ne pas comprendre pourquoi un poste qu'il voulait combler ne correspondait à aucune case claire. Ce sont ces échanges-là, plus que n'importe quelle présentation, qui donnent tout son sens à une soirée comme celle-là.
Des broderies, des couleurs, des histoires
Pour l'occasion, nous avions invité les participants à venir vêtus de leurs habits traditionnels. Plusieurs sont arrivés dans leurs plus belles tenues : des broderies faites à la main, des couleurs qui racontent une famille, une région, une appartenance. Tout ça, réuni dans une même salle, ici, dans notre Capitale nationale.
Ça m'a rappelé une conviction qui m'habite depuis toujours : on peut s'intégrer pleinement sans jamais cesser d'être fier de ses racines. Ce n'est pas une intégration qui demande d'effacer son histoire, c'est une intégration qui permet de l'ajouter à celle d'un nouveau pays. Ces personnes bâtissent leur vie ici, tout en continuant de faire vivre une partie précieuse de ce qu'elles portent en elles. Et c'est profondément beau à voir.
Une conviction qui a marqué le panel
Une réflexion du panel m'est aussi restée en tête. Frédérik Boisvert, de la Chambre de commerce et d'industrie de Québec, a rappelé que la prévisibilité des programmes d'immigration est aussi importante que leur générosité. Une entreprise qui recrute à l'international a besoin de savoir que les règles sur lesquelles elle bâtit son plan seront encore les bonnes dans six mois. Une personne qui immigre à besoin de la même stabilité pour se projeter dans un projet de vie.
Et derrière chaque politique, il y a une histoire concrète. C'est ce que la présence de Québec Réunifié est venue nous rappeler ce soir-là : le regroupement familial, ce n'est pas faire venir un inconnu au pays, c'est permettre à une personne déjà établie ici de retrouver un conjoint, un enfant, un proche avec qui elle a déjà construit une vie. Le témoignage entendu sur scène a donné un visage très concret à cette réalité : derrière l'attente, il y a une relation, un quotidien à distance, une vie qui ne peut pas encore se vivre pleinement.
« Ce qu'on souhaite, c'est une stabilité des programmes d'immigration. […] Il faut envoyer un message clair qu'au Québec et au Canada, nous avons besoin des talents internationaux pour les années à venir. »
— Frédérik Boisvert, président et chef de la direction, Chambre de commerce et d'industrie de Québec
Une cause qui dépasse l'événement
Ce qui rend cette soirée encore plus significative, c'est que l'ensemble des profits ont été remis à Avocats sans frontières Canada, pour soutenir leur mission d'accès à la justice ici comme ailleurs dans le monde. Un merci particulier à Karine Ruel, directrice générale de l'organisme, pour sa confiance envers cette première édition.
Je souhaite que nous continuions à créer des espaces où chacun se sent libre d'être pleinement lui-même. Pour moi, c'est ça aussi, l'intégration : appartenir pleinement à une société, tout en continuant de célébrer ce qui nous a façonnés.
C'est le Canada dans lequel j'ai grandi, celui de ma mère, et c'est l'esprit que je veux continuer de porter, dans ma pratique, et à travers des initiatives comme Immigration en scène.
